Syndrome de la page blanche. Le besoin d'écrire est puissant, mais je n'ai pas de mots ce soir. Mon esprit est pris par la vérité de l'air only our rivers run free et vagabonde. J'ai laissé mon âme au loin et je reste ici, comme énucléée. Ecrire quand même, malgré le vide. Offrir l'illusion qu'il y a encore quelqu'un dans ce corps. Encore une âme dans les mains qui courent à toute vitesse sur le clavier. Je frappe les lettres. Elles claquent sous mes doigts, de petits claquements secs et bruyants. Mes mains tremblent, sans force. Je reste embarassée par le vide de mon coeur. Comme tout change quand on se débarrasse de sa souffrance ! Au moins lorsque j'ai mal, il y a quelquechose en moi de désespérément humain. Le vide est si immense. La peur de ne plus être même se pose sous la forme d'une question sans coeur. Je frappe les lettres, comme on frappe les touches d'un piano désaccordé. Je mets mon casque, made in Ireland, monte le son à fond. La voix claire de "Mairead Farrell" retentit dans mes oreilles.
Do not stand at my grave and weep
I am not there, I do not sleep
Do not stand at my grave and cry
When Ireland lives I do not die...
Un peu de mon âme revient. La colère monte. Comme j'aimerais être en Irlande. Il est tard. Je suis au pub. Ma voix monte haut, les larmes descendent sur mes joues. Le silence des hommes autour me donne la chair de poule. Les mots glissent de ma bouche, littanie apprise par coeur, connue de tous. Les mots s'écoulent d'entre mes lèvres sans même passer par mon cerveau. Je chante et sans un mot, religieusement, dans cet étrange temple de l'âme irlandaise, tous écoutent cette messe païenne que tous connaissent déjà. Ils m'écoutent avec leur silence de catholiques, mais c'est le sang impétueux des Celtes qui bouillonne dans leurs artères. Je m'enivre de cette chanson et tous nous buvons ce vin de messe noire jusqu'à la lie. Je les nois sous ce flot continue de notes et je m'y nois. Le dernier couplet vibre encore un instant dans l'air, le dernier mot s'éteint doucement. Quelqu'un murmure Tiocfaidh ar la. A voix basse, toute l'assistance répète cet amen. Les trois mots montent frapper les oreilles même de Dieu. Il pleut dehors. La Vierge Marie pleure sur l'Irlande en une insolite Pièta...
Shannon

Comme c'est étrange, j'ai l'impression de lire des mots que j'aurai pu écrire, miroir de mon âme sur l'écran. Je suis de tout coeur avec toi, quelques années plus tard...
Posted by: Lucie Trellu | 09/13/2007 at 08:54 PM